![]() Sarah's Most Worshipful Poems from the Classical Age "Miser Catulle" Thou miserable Catullus, cease from foolishness And what thou see'st lost and perished, deem that lost. The sun shone bright and fair upon thee in those days When thou didst follow wheresoe'er thy mistress led She whom you loved as never others shall be loved Then all those many blithe and pleasant deeds were done which you desured; nor did she desire them less Verily, the sun shone fair and bright upon thee then Now she says nay; thou too, since there's no hope say nay Pursue not one who flees you, nor live miserable But with a mind grown resolute, endure, be stern; Mistress farewell. At last Catullus hath grown stern. He will not seek thee nor entreat thee against thy will. But thou shalt grieve when no man shall entreat thee more. Alas, poor wretch! What bitter life must thou be thine! Who shall court thee? To whome shall thou seem beautiful? Whom wilt thou love now? By whose name shall thou be called? Whom shalt thou kiss? Whose lips in fondness wilt thou bite? But thou, Catullus, be thou resolute and stern." Gaius Valerius Catullus 84?BC-54Bc "Tu ne quaesieris" Ask not, for thou shalt not find it, what by end, what thine shall be; Ask not of Chaldaea's science what God wills Leuconoe: Better for, what comes, to bear it. Haply many a wintry blast. Waits thee still; and this, it may be, Jove ordains to be thy last Which flings now the flogging sea wave on the obstinate sandstone reef. Be thou wise: fill up the wine-cup, shortening, since time is brief, Hopes that reach into the future. Whilst I speak, hath stol'n away. Jealous time. Mistrust tomorrow, catch the blossom of today" Quintus Hoatius Flaccus 65BC-8BC French Poetry Separons-nous ici, vous etes arrive Voici le lieu, voici l'arbre, voici la porte. Compagnon, nous avons marche de bonne sorte, Coursant ainsi, depuis que le jour s'est leve. Eh bien, c'est la le toit qui fut par vous trouve Dites: C'est moi! criez, heurtez l'huis a main forte! La femme et le repas vous attendent. Qu'importe Le compagnon d'un jour? Vous etes arrive. La vieille mere est la; l'epouse douce et sage Est la; prenez-les dans vos bras. Le reste est vain. L'enfant nouveau vous met les mains sur le visage. Adieu. Riez, soyez heureux jusqu'a la fin. Mangez de votre pain, buvrz a votre verre. Pour moi un long chemin encor me reste a faire. Paul Claudel 1895-1897 L'ombre m'atteint, mon jour terrestre diminue Le passe est passe et l'avenir n'est plus. Adieu, enfant! Adieu jeune homme que je fus! La main pauvre est sur moi et voici l'heure nue! J'ai vecu. Le bruit des hommes m'est etranger. Tout est fini; je suis tout seul; j'attends, je veille. Je n'ai plus avec moi que ta lueur vermeille, Lampe! Je suis assis comme un homme juge. Longs furent mon ennui et ma sollicitude! Long l'exil! Longue fut la route jusqu'ici. Le terme est mien, je vois cela que j'ai choisi, Ferme dans ma faiblesse et dans ma lassitude Maintenant j'ai fini de parler; seul, captif, Comme un mouton vendu aux mains de qui l'emmene, J'ecoute seulement, j'attends, tout pret, que vienne L'heure derniere avec l'instant definitif. Paul Claudel "Le sommeil dans le chagrin" Il faut dormir Tout dort Il faut souffrir La mort. Le jour est mort Dors Le ciel en or Dort dort dort dort dort dort dort! Plus une plainte! Plus un souffle Plus un crainte Que n'etouffe Le port Dors dors --Le port d'or Dors dors Plus rien Mal et bien Tout est bien Je viens Je dors Tout est mort Je dors Tout est mort Je dors Tout est mort Je dors Paul Claudel 1905 "Correspondances" (d'apres Emily Dickinson) C'est la soif qui a produit l'eau La mer convoque ses rivages Vois le ciel crepiter la-haut De mille systemes sauvages Mon ame pour qu'on la voie Vos deux yeux etaient necessaires Votre ame pour que j'y sois Mon absence etait necessaire Le vase a appele l'eau Et la neige le corbeau Paul Claudel 1939 "Harmonie du Soir" Voici venir les temps ou vibrent sur sa tige Chaque fleur s'evapore ainsi qu'un encensoir Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir Valse melancolique et langoureux vertige! Chaque fleur s'evapore ainsi qu'un encensoir Le violin fremit comme un coeur qu'on afflige Valse melancolique et langoureux vertige! Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir. Le violon fremit comme un coeur qu'on afflige Un coeur tendre qui hait le neant vaste et noir Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir Le soleil s'est noye dans son sang qui se fige Un coeur tendre qui hait le neant vaste et noir Du passe lumineux recueille tout vestige Le soleil est noye dans son sang qui se fige Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir. Charles Baudelaire "L'invitation au voyage" Mon enfant, ma soeur, Songe à la douceur D'aller là-bas vivre ensemble! Aimer à loisir, Aimer et mourir Au pays qui te ressemble! Les soleils mouillés De ces ciels brouillés Pour mon esprit ont les charmes Si mystérieux De tes traîtres yeux, Brillant à travers leurs larmes. Là, tout n'est qu'ordre et beauté, Luxe, calme et volupté. Des meubles luisants, Polis par les ans, Décoreraient notre chambre ; Les plus rares fleurs Mêlant leurs odeurs Aux vagues senteurs de l'ambre, Les riches plafonds, Les miroirs profonds, La splendeur orientale, Tout y parlerait À l'âme en secret Sa douce langue natale. Là, tout n'est qu'ordre et beauté, Luxe, calme et volupté. Vois sur ces canaux Dormir ces vaisseaux Dont l'humeur est vagabonde ; C'est pour assouvir Ton moindre désir Qu'ils viennent du bout du monde. Les soleils couchants Revêtent les champs, Les canaux, la ville entière, D'hyacinthe et d'or ; Le monde s'endort Dans une chaude lumière. Là, tout n'est qu'ordre et beauté, Luxe, calme et volupté. Charles Baudelaire "Les chats" Les amoureux fervents et les savants austères Aiment également, dans leur mûre saison, Les chats puissants et doux, orgueil de la maison, Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires. Amis de la science et de la volupté Ils cherchent le silence et l'horreur des ténèbres ; L'Erèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres, S'ils pouvaient au servage incliner leur fierté. Ils prennent en songeant les nobles attitudes Des grands sphinx allongés au fond des solitudes, Qui semblent s'endormir dans un rêve sans fin ; Leurs reins féconds sont pleins d'étincelles magiques, Et des parcelles d'or, ainsi qu'un sable fin, Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques. Charles Baudelaire "L'Eternité" Elle est retrouvée. Quoi ? - L'Eternité. C'est la mer allée Avec le soleil. Ame sentinelle, Murmurons l'aveu De la nuit si nulle Et du jour en feu. Des humains suffrages, Des communs élans Là tu te dégages Et voles selon. Puisque de vous seules, Braises de satin, Le Devoir s'exhale Sans qu'on dise : enfin. Là pas d'espérance, Nul orietur. Science avec patience, Le supplice est sûr. Elle est retrouvée. Quoi ? - L'Eternité. C'est la mer allée Avec le soleil. Arthur Rimbaud "Le dormeur du val" C'est un trou de verdure où chante une rivière, Accrochant follement aux herbes des haillons D'argent ; où le soleil, de la montagne fière, Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons. Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue, Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu, Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue, Pâle dans son lit vert où la lumière pleut. Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme Sourirait un enfant malade, il fait un somme : Nature, berce-le chaudement : il a froid. Les parfums ne font pas frissonner sa narine ; Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine, Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. Arthur Rimbaud "Puisqu'ici toute ame Donne a quelqu'un Sa musique, sa flamme, Ou son parfum; Puisqu'ici toute chose Donne toujours Son epine ou sa rose A ses amours; Puisqu'avril donne aux chenes Un bruit charmant; Que la nuit donne aux peines L'oubli dormant; Puisque l'air a la branche Donne l'oiseau; Que l'aube a la pervenche Donne un peu d'eau; Puisque, lorsqu'elle arrive S'y reposer L'onde amere a la rive Donne un baiser Je te donne, a cette heure Penche sur toi, La chose la meilleure Que j'aie en moi! Recois donc ma pensee Triste d'ailleurs Qui, comme une rosee, T'arrive en pleurs! Recois mes voeux sans nombre O mes amours! Recois la flamme ou l'ombre De tous mes jours! Mes transports pleins d'ivresses, Purs de coupcons, Et toutes les caresses De mes chansons! Mon esprit qui sans voile Vogue au hasard Et qui n'a pour etoile Que ton regard! Ma muse, que les heures Bercent revant Qui, pleurent quand tu pleures, Pleure souvent! Recois, mon bien celeste, O ma beaute, Mon coeur, dont rien ne reste, L'amour ote! Victor Hugo, Les Voix interieurs "Les Djinns" Murs, ville, Et port, Asile De mort, Mer grise Où brise La brise, Tout dort. Dans la plaine Naît un bruit. C'est l'haleine De la nuit. Elle brame Comme une âme Qu'une flamme Toujours suit ! La voix plus haute Semble un grelot. D'un nain qui saute C'est le galop. Il fuit, s'élance, Puis en cadence Sur un pied danse Au bout d'un flot. La rumeur approche. L'écho la redit. C'est comme la cloche D'un couvent maudit ; Comme un bruit de foule, Qui tonne et qui roule, Et tantôt s'écroule, Et tantôt grandit, Dieu ! la voix sépulcrale Des Djinns !... Quel bruit ils font ! Fuyons sous la spirale De l'escalier profond. Déjà s'éteint ma lampe, Et l'ombre de la rampe, Qui le long du mur rampe, Monte jusqu'au plafond. C'est l'essaim des Djinns qui passe, Et tourbillonne en sifflant ! Les ifs, que leur vol fracasse, Craquent comme un pin brûlant. Leur troupeau, lourd et rapide, Volant dans l'espace vide, Semble un nuage livide Qui porte un éclair au flanc. Ils sont tout près ! - Tenons fermée Cette salle, où nous les narguons. Quel bruit dehors ! Hideuse armée De vampires et de dragons ! La poutre du toit descellée Ploie ainsi qu'une herbe mouillée, Et la vieille porte rouillée Tremble, à déraciner ses gonds ! Cris de l'enfer! voix qui hurle et qui pleure ! L'horrible essaim, poussé par l'aquilon, Sans doute, ô ciel ! s'abat sur ma demeure. Le mur fléchit sous le noir bataillon. La maison crie et chancelle penchée, Et l'on dirait que, du sol arrachée, Ainsi qu'il chasse une feuille séchée, Le vent la roule avec leur tourbillon ! Prophète ! si ta main me sauve De ces impurs démons des soirs, J'irai prosterner mon front chauve Devant tes sacrés encensoirs ! Fais que sur ces portes fidèles Meure leur souffle d'étincelles, Et qu'en vain l'ongle de leurs ailes Grince et crie à ces vitraux noirs ! Ils sont passés ! - Leur cohorte S'envole, et fuit, et leurs pieds Cessent de battre ma porte De leurs coups multipliés. L'air est plein d'un bruit de chaînes, Et dans les forêts prochaines Frissonnent tous les grands chênes, Sous leur vol de feu pliés ! De leurs ailes lointaines Le battement décroît, Si confus dans les plaines, Si faible, que l'on croit Ouïr la sauterelle Crier d'une voix grêle, Ou pétiller la grêle Sur le plomb d'un vieux toit. D'étranges syllabes Nous viennent encor ; Ainsi, des arabes Quand sonne le cor, Un chant sur la grève Par instants s'élève, Et l'enfant qui rêve Fait des rêves d'or. Les Djinns funèbres, Fils du trépas, Dans les ténèbres Pressent leurs pas ; Leur essaim gronde : Ainsi, profonde, Murmure une onde Qu'on ne voit pas. Ce bruit vague Qui s'endort, C'est la vague Sur le bord ; C'est la plainte, Presque éteinte, D'une sainte Pour un mort. On doute La nuit... J'écoute : - Tout fuit, Tout passe L'espace Efface Le bruit. Victor Hugo British Poetry There is a Smile of Love And there is a Smile of Deceit And there is a Smile of Smiles In which these two smiles meet And there is a Frown of Hate And there is a Frown of Disdain And there is a Frown of Frowns Which you strive to forget in vain For it sticks in the Hearts deep Core And it sticks in the deep Back bone And no Smile that ever was smild But only one Smile alone That betwixt the Cradle & Grave It only once Smild can be But when it once is Smild Theres an end to all Misery William Blake Who will exchange his own fire side For the stone of anothers door Who will exchange his wheaten loaf For the links of a dungeon floor Fayette beheld the King & Queen In curses & iron bound But mute Fayette wept tear for tear And guarded them around O who would smile on the wintry seas & pity the storming roar Or who will exhange his new born child For the dog at the wintry door William Blake "When We Two Parted" When we two parted In silence and tears, Half broken-hearted To sever for years, Pale grew thy cheek and cold, Colder thy kiss; Truly that hour foretold sorrow to this. The dew of the morning Sunk chill on my brow- It felt like the warning Of what I feel now. Thy vows are all broken, And light is thy fame; I hear thy name spoken, And share in its shame. They name thee before me, A knell to mine ear; A shudder comes o'er me- Why wert thou so dear? They know not I knew thee, Who knew thee too well:- Long, long shall I rue thee, too deeply to tell. In secret we met- In silence I grieve, That thy heart could forget, Thy spirit deceive. If I should meet thee After long years, How shall I greet thee? With silence and tears. John Keats American Poetry "For Sheridan" We only live between before we are and what we were. in the lost negative you exist, a smile, a sypher, an old-fashioned face in an old-fashioned hat. Three ages in a flash: the same child in the same picture, he, I, you, chockablock, one stamp like mother's wedding silver gnome, fish, brute cherubic force We could see clearly and all the same things before the glass was hurt Past fifty, we learn with surprise and a sense of suicidal absolution that what we intended and failed could never have happened-- and must be done better. Robert Lowell "Marcus Cato 234-149BC" My live telephone swings crippled to solitude two feet from my ear; as so often and so often, I hold your dialogue away to breathe-- still this is love, Old Cato forgoing his wife, Then jumping her in thunderstorms like Juppiter Tonans; his forthrightness gave him long days of solitude, then deafness changed his gifts for rule to genius. Cato knew from the Greeks that empire is hurry, and dominion never goes to the phlegmatic-- it was hard to be Demosthenes in his stone-deaf Senate "Carthage must die," he roared...and Carthage died. He knew a blindman looking for gold in a heap of dust must take the dust with the gold, Rome, if built at all, must be built in a day. Robert Lowell "Saint-Just 1767-1793" Saint-Just: his name seems stolen from the Missal... His camois coat, the dandy's vast cravate knotted with pretentious negligence; he carried his head like the Holy Sacrament. He thought only the laconic fit to rule the austerity of his hideous cardboard Sparta "I must move with the stone footstep of the sun-- faction plagues the course of revolution, as reptiles follow the dry bed of a torrent. I am young and therefore close to nature. Happiness is a new idea in Europe; we bronzed liberty with the guillotine. I'm still twenty, I've done badly, I'll do better." He did, the scaffold, "Je said ou je vais." Robert Lowell Poems in Translation "Net houses, saunas, barns let rain slip through into constructions of silence withdrawn Relapsed but the recent cry Still passes to the soul And silence? In music Silence is the core" Joan Oaks |